Version pdf sur demande à Stéphan Barron

 

 

 

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Sûre que l'avènement des nouvelles technologies bouleverse notre perception du monde parce qu'elles compriment nos notions de temps et d'espace, l'Association Art-Terre  , a soutenu depuis sa création, plusieurs projets d'artistes intégrant les nouveaux médias dans leur pratique.
La démarche de ces artistes nous a séduit car le but de ces artistes de la communication n'est certes pas de produire des significations au premier niveau , mais bien de nous faire prendre conscience comment la pratique généralisée de la communication inter-réagit, finalement, sur l'ensemble de notre système sensible...

Stéphan Barron nous a ainsi permis d'expérimenter au travers de ses actions et dispositifs (J'ai le sida postal, Le Bleu du ciel) et de vérifier quelques aspects de cette originale problématique.
Dans son installation interactive “Le bleu du ciel”, Stephan Barron ne s'adresse plus à nos sens mais à notre sensibilité; l'intérêt de son oeuvre se révèle, dans sa dimension symbolique et esthétique qu' il légitime:
"La beauté de ce projet réside dans ce ciel fictif, un ciel ubiquiste qui existe quelque part entre le nord et le sud, quelque part dans notre imaginaire..."
On note que si l'objet de la création a changé, les moyens mis en oeuvre varient également. Par l'utilisation de deux ordinateurs situés respectivement à Tourcoing et à Toulon et reliés par téléphone, Stéphan Barron déplace le champs de l'art. Ainsi, l'apparition de nouveaux canaux de diffusion d'information module une nature et un type différents d'oeuvres produites. Nous avions déjà constaté cet état de fait avec l'envahissement des médias électroniques dans les réseaux de Mail Art.
En effet, l'œuvre s'accomplit en temps réel et la mémoire accumulée dans le dispositif se résout en un présent qui n'est plus existentiel mais primaire limité à la durée réelle de l'action. De même, elle définit un espace imaginaire, fruit de l'interconnexion des différents lieux, espace fictif sans repère physique.

La proposition d'un ciel infini et ubiquitiste, fruit d'un imaginaire technologique induit une autre réalité dans le réel et il nous est agréable de rapprocher ce jeu fait avec la fiction, de l'idée d'utopie concrète développée par Joseph Beuys.
"On trouve la nécessité de la pensée prospective dans le besoin d'anticiper le futur de manière à pouvoir trouver un type d'orientation alors que nous nous en approchons".
Un dialogue s'est en quelque sorte instauré entre le jeu et son opérateur qui contribue progressivement à transformer celui qui le pratique et à l'orienter dans le champs de l'expérimentation.
Cette dimension ludique nous est apparu plus attrayante pour le grand-public que bien des investigations intellectuelles et hermétiques de l'art contemporain; elle renvoie inévitablement à la notion de convivialité en invitant à la participation et permet la gestion d'échanges  qui s'organisent d'eux-mêmes. On touche là un aspect important des qualités de notre problématique. En effet, cette relation fait émerger la conscience propre du jeu qui s'impose en dépit de son sujet et qui place le spectateur face à l'émergence de l'oeuvre.

Comme nous avons pu le constater, cette approche permet à l'artiste de sensibiliser le plus grand nombre; or dans un monde où, d'une part, la démographie ne cesse de croître et d'autre part, le marché de l'art et le monde institutionnel de l'art enferment les artistes dans des discours de plus en plus élitistes, il nous paraît intéressant d'ouvrir le champ de la connectivité, de la participation et de l'inter-activité, d'autant que ces notions sont déjà très présentes dans notre vie quotidienne.
La création de Stéphan Barron offrait donc la possibilité, pour le public d'intervenir sur le dispositif où se jouait un double processus interactif; ainsi, le spectateur pouvait afficher à l'écran, et ce, dans chaque lieux du dispositif, les données du ciel de Lille, puis celles du ciel de Toulon ou encore celle d'un troisième ciel imaginaire constitué des deux précédents.
"Extavertis au Sud, introvertis au Nord...Joyeux au printemps, mélancoliques quand le ciel bas et lourd...La couleur du ciel est une fiction interactive."
 
Si comme le revendique Stéphan Barron, l'installation interactive le Bleu du ciel éveille inévitablement l'echo d'espace infini d'Yves Klein et de ses monochromes, il évoque pour nous en filigrane le fonctionnement du cerveau humain; il n'est pas question pour nous, de se substituer aux scientifiques (nous ne pourrions le faire!) mais nous savons que les récentes recherches sur la mémoire montrent que les informations collectées par nos différents sens, sont recherchés en de nombreux points du cerveau, ce dernier établissant des inter-connexions par le truchement des neurones; il y a là, un parrallèle intéressant avec le dispositif de Stéphan Barron qui dissémine dans l'espace les sources d'informations (capteurs) lesquelles transmettent le message (téléphone) à une mémoire centrale (ordinateur) afin de nous permettre de nous transporter dans un ailleurs, et loin de produire une oeuvre sans âme, nous révéler une création empreinte d'émotion par un recours à la technologie.

 Jean Noel Laszlo