La bordure était en terre battue et crottes de chien (Bordurie). La moindre herbe, qui dépassait méritait un coup d'herbicide.
La première année nous avons planté un tournesol, arraché après quelques jours de floraison par une voisine-j'aime-pas-les fleurs.
La deuxième année, nous avons cassé un tas de ciment, abandonné par EDF, et nous avons mis de la terre à la place, pour planter des graines de la forêt bavaroise.
Une magnifique plante de 120 cm de haut et avec des innombrables fleurs roses a survécu tout l'été.
La revendication d'intimité, d'identité et de nature est refusée pour les habitants des HLMs. En janvier 1996, après le passage des services de la Mairie et des HLM, notre haie, que nous avions fait pousser patiemment pendant cinq ans à deux mètres de haut et un mètre de large, pour nous protéger du bruit. de la poussière et des regards, a été normalisée à 80 centimètres de haut.
Version officielle : pour ne pas que les voleurs s'y cachent.
La peur de la nature fusionnant avec le modèle sécuritaire.
Devant tant de désolation, pris d'une envie folle de beau, nous avons retourné toute la bordure, mis des graines, planté des arbustes trouvés ça et là en Europe.
Nous avons arrosé, et observé la vie s'installer.
Cette bordure est maintenant occupée d'une diversité de plantes et d'insectes. Elle fait le bonheur des voisins et des passants, elle fait sourire le HLM.
Ce geste au début fou et inimaginable est devenu une évidence. Plusieurs missions ont été dépêchées par les HLM pour inspecter l'étendue de " l'anarchie " gagnant le quartier (terme employé par un haut responsable).
Pétitions, fax, tractations téléphoniques aux divers niveaux de la hiérarchie ont accompagné la germination des tournesols.
Nous avons stoppé in extremis plusieurs tentatives d'attaque à la tondeuse et à l'herbicide. Nous vivons au quotidien la fragilité de la vie.
Résister au vandalisme anonyme ou technocratique
L'action lente, fragile et belle de la création et l'instantanéité de la destruction.
Nous vous invitons à venir partager avec nous et les bourdons, le pouvoir des fleurs.
La fête des tournesols
C'est ainsi que nous avons invité les habitants du quartier et nos amis à la Fête des tournesols en juin 1996.
La convivialité dans la rue et dans les HLM. Retrouver la parole citoyenne.
Juin 1996
Marie Christine Blandin, présidente verte du Nord-Pas-de-Calais nous apporte son soutien.
La biodiversité dans la bordure :
En août 1996, dès que nous étions partis en vacances, les HLM ont arraché toutes les fleurs, les arbustes et rosiers que nous avions plantés.
Année 1997 :
La bordure arrachée retourne aux merdes de chiens et aux détritus.
Hiver 1996-1997
En mars 1997 nous demandons l'autorisation de replanter la bordure. Nous recevons le soutien de Monsieur Pargneaud, adjoint au Maire.
Monsieur Cacheux, président des HLM, adjoint de Monsieur Mauroy, refuse et les HLM nous menacent d'un procès.
Nous signons avec les habitants du quartier une pétition pour le droit de planter et de s'exprimer et le respect des habitants : TOUCHES PAS A MES POTS.
Nous retournons la bordure et nous plantons des graines avec les enfants du quartier.
À cet endroit , la bordure est à nouveau agressée en 1997. Un fonctionnaire de la CUDL (un ancien militaire) vient implanter une armoire electronique destinée à mesurer le flot des eaux polluées en cas d'orage, dans une canalisation souterraine.
A défaut de décider des mesures efficaces pour prévenir les pollutions et les inondations (par l'installation de toitures végétalisées), on mesure...
Ce fonctionnaire borné n'a pas d'autre idée que d'implanter cette horreur en pleine bordure au lieu de chercher des endroits plus discrets.
Année 98:
Le jardin avant notre départ
Un compost au pied du HLM
Normalisation :
Le jardin fantastique que nous avions mis 7 ans à construire est entièrement rasé normalisé pour redevenir un espace petit-bourgeois avec gazon et une haie à 80 centimètres.
Avant notre départ, plusieurs salamandre d'une espèce rare s'étaient installées dans une petite mare de 2 mètres par 30 centimètres que nous avions installée.
Procès
Après notre départ de Lille, les HLMs en réprésailles font refaire l'ensemble de l'appartement à neuf, alors qu'il avait été attribué dans un état épouvantable (murs et sols totalement détruits par 20 ans d'occupation) et exigent par le tribunal 20 000 F de frais.
Stéphan Barron et Sylvia Hansmann obtiennent finalement une condamnation à rembourser 4 000 F sur des frais injustes mais difficiles à prouver.
Une autre bordure qui pourrait être fleurie par les habitants, si au lieu de la répression, c'était la participation des humains qui prévalait dans la cité...