Musiques, arts et technologies.

Pour une approche critique

 

Le colloque s'articulera autour de cinq thématiques, qui serviront aussi pour l'appel à communication :

 

L'effrangement des arts

Les avant-gardes artistiques de la première moitié du XXe siècle avaient déjà introduit une première érosion des frontières qui séparent les arts. Avec l'utilisation des nouvelles technologies, les rapports entre les arts s'accentuent, car les fondements mêmes des différentes pratiques artistiques se rapprochent : outre les multiples rapports instaurés entre le son et la lumière, le son et l'espace, le son et l'image, le numérique instaure une méthode, une manière de traiter le matériau artistique qui tend vers une certaine isomorphie entre l'auditif et le visuel. De ce fait, la démarcation des arts cède peut-être le pas à une nouvelle approche de l'art qui s'adresserait à la multiplicité des sens. Par ailleurs, cet effrangement des arts pose aussi la question d'une redéfinition de la notion de créateur.

 

Mutation des sens

Les Ïuvres issues du rapport de l'art avec la technologie nécessitent une remise en question de ce que l'on entend par perception artistique, esthétique. Les installations sonores, l'interaction homme-machine, le son spatialisé en appellent à une diversité de sens, de manières de percevoir qui, jusqu'à présent, fonctionnaient de façon isolée du fait de l'existence de frontières étanches entre les arts. Avec l'effrangement des arts, le corps devient un tissu multisensoriel dont on sait encore peu de choses (on a pu parler de « cyberception », mais la question reste ouverte). La caractéristique fondamentale de cette nouvelle perception réside dans la difficulté à analyser le processus perceptif du sujet. Dans ce sens, il faudrait étudier les rapports entre virtuel et réel. La réalité virtuelle est une réalité qui modifie la sensibilité de l'homme, en même temps qu'elle transforme ses schémas de compréhension du réel.

 

Technologie et idéologie

L'utilisation de la technologie dans l'art donne lieu souvent à la production d'un discours pléthorique (de la part des artistes, des théoriciens, des médias) où se glisse un ensemble de notions allant de la véritable pensée au fantasme socialement cultivé. Il est bien sûr difficile de faire la part des choses, mais une perspective résolument critique devrait pointer tout ce qui, d'une manière délibérée ou non, occulte la compréhension des mutations artistiques et des mutations de la perception qui sont mises en oeuvre.

 

Art savant, art populaire

La technologie est, en un sens, le mirage de la démocratie (l'internet proposerait un nouveau type d'agora dont l'accès quasi universel permettrait de réaliser enfin le rêve d'une démocratie non représentative). Il en va de même de l'utilisation des nouvelles technologies dans l'art : avec elles, on voit resurgir l'utopie moderniste d'un art pour tous et fait par tous. Qu'en est-il exactement dans ce qui s'est réalisé jusqu'à aujourd'hui, dans ce qui se réalisera demain ?

Par ailleurs, assiste-t-on à un dépassement de la frontière entre art savant et art populaire? (en particulier, avec la musique, va-t-on vers une fusion des musiques électroniques savantes avec celles populaires :musique techno) ?

 

Formes et matériaux

Les technologies numériques permettent d'instaurer un univers où les matériaux et les formes artistiques sont en perpétuelle redéfinition d'une oeuvre à l'autre, au sein d'une même oeuvre. Avec les installations et l'interactivité, l'auditeur, le spectateur ou l'environnement de l'Ïuvre participent aussi à cette redéfinition permanente, qui entraîne aussi une nouvelle délimitation sans cesse fluctuante entre temps et espace. Etudier la variabilité de ces rapports conduit à nouveau à la question des relations entre réel et virtuel.