LE RETOUR A LA NATURE II
L'art et la technologie au XXIe siècle
Roy Ascott
C'est un fait reconnu, nous avons perdu contact avec la nature. Non pas tant que la nature se soit retirée ou que nous l'ayons révoquée, détruite ou niée. Simplement, les métaphores qu'elle a longtemps soutenues ne tiennent plus. Bien entendu, la nature est tout entière métaphore de ce qui est bon, pur, entier, non altéré. Elle tient le langage de l'innocence, de cette sorte de naïveté bénie, comme de ce qui est sauvage, inaltéré, instinctif. Peut-être devrions-nous d'abord nous accorder sur un point : cette nature n'a jamais existé comme telle, sinon de différentes manières pour différentes sociétés. Elle est la première réalité virtuelle, dans laquelle les données pures d'une totalité indistincte sont programmées, formées et catégorisées en fonction de notre langage, de nos peurs, de nos désirs. Nous l'avons toujours définie par opposition à la culture, à la ville, à la technologie. Sa puissance résidait dans cette opposition, qui constitue autant un refuge qu'une force. Mais l'opposition binaire entre ville et campagne, par exemple, est maintenant en voie de disparition. L'omniprésence des réseaux télématiques fait que la ville n'est plus le lieu obligé du commerce, de l'apprentissage ou du divertissement, tandis que le développement des sciences biologiques, avec les systèmes de synthèse et de reproduction, signifie que la campagne n'a plus l'exclusivité des processus naturels purs et authentiques. La campagne formait l'environnement à l'intérieur duquel ou contre lequel on définissait la ville, mais avec la haute technologie comme environnement, on ne peut plus distinguer l'une ou l'autre comme objet à privilégier ou à placer à l'avant-scène. A mesure que nous entrerons dans le XXIe siècle, nous aurons besoin de nouvelles métaphores pour rendre compte des systèmes interactifs complexes de la vie biologique, technologique et sociale que nous développons présentement.
L'intégralité de ce texte est dans le cédérom Art Planétaire